Concentré de Jeune Fille
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La blonde Zoé n'a pas tort, on vient souvent écrire ici dans ces micros-instants de solitude, les après-midi grises (mais ma foi la palette parisienne n'a guère d'autre nuances) où, pris entre le train-train et les tourbillons, on se sent perdre l'équilibre, tête creuse et mains vides, on bat des bras, on se réchauffe au téléphone et on vient là, griffer un peu les pages. (je n'ai toujours pas de chat, d'ailleurs, mais demain je m'en vais arpenter les bois avec la meute de grands chiens enthousiastes et haletant, dont il faudra peigner les oreilles, le soir, pour enlever des poils soyeux les bardanes et les épines d'automne...) Bref. Un après-midi comme souvent, à gratter distraitement un commentaire d'espagnol, et se chauffer les paumes sur la tasse de thé vert. En tailleur sur la chaise de bureau que je fais tourner, j'ai la pensée vagabonde et délaisse un peu le somptueux poème de Machado pour penser au drame terrible de la petite vieille du-cinquième-en-face, nuit et jour à sa fenêtre à scruter notre rue agitée d'un oeil de chouette, mais qu'un réseau d'échafaudages, ravalement de l'immeuble oblige, prive depuis quelques semaines de son unique distraction. Petite vieille suicidée de désespoir, donc, et puis l'oeil inquiet qui erre vers le téléphone muet. Le garçon insolent, brouillon et volage qui occupe mes pensées, et à l'occasion mon lit, depuis bientôt un an tout rond, ne perd décidément pas une occasion de jouer à la pelote avec mon coeur et mes nerfs. - car comment s'en tenir aux sanglots et à la pluie de crépon, quand on est deux à être solidement hameçonnés, et condamnés à se voir tous les jours jusqu'aux concours d'avril? Tant pis pour toi, jeune fille. Et puis le reste qui bourdonne, nuages annonciateurs de pluie et d'emmerdes, les malentendus et les coups bas, mon indécrottable paresse, et toutes ces choses auxquelles je n'ai pas envie de penser. Laissons planer, va. L'hiver approche et je suppose que plus rien ne peut mal aller à la saison des écharpes, des nuits immenses, de Noël et des clémentines....
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Je veux un chat. Je veux un chat, un noir ou un tigré, avec de grands yeux d’ambre en amande, je veux un long chat électrique et tiède pour faire ses griffes sur mon canapé neuf et dormir sur mon lit. Je veux un chat à qui je donnerais des dizaines de noms et qui de toute façon, fierté féline, ne répondrait à rien d’autre qu’au bruit des croquettes dans le bol. Je veux un chat pour surgir brusquement de sous les meubles quand je suis triste, et pour l’ondulement soyeux entre mes chevilles quand je rentre. Je veux un chat petit d’abord qui glisse encore sur le carrelage, et lui apprendre à monter sur mon épaule. Je veux le ronronnement en bouillotte pour le soirs d’hiver. Je veux des bottines. Oui, ou des Convers’ en cuir, peut être. Je veux des bottines en daim chocolat, avec le bout arrondi et juste ce qu’il faut de talon pour allonger la jambe et chalouper la démarche, pas assez pour avoir l’air ridicule. Je veux des bottines et entendre le claquement de dame que font mes pas dans la métro désert, le matin. Je veux des bottines en daim, et je veux que ça soit l’hiver pour les porter avec mon chapeau. Je veux un garçon. Je veux un garçon avec de grandes épaules et des cheveux en bataille, je veux un garçon qui me sourie pour aller me chercher à la gare et me faire tourbillonner sur le quai et porter mes valises dans les escaliers-cinq étages. Je veux un garçon pour me moucher quand je chouine et pour m’apporter du jus de clémentine le matin. Et des tulipes blanches. Je veux un garçon avec des taches de rousseur et des fossettes pour mordre dedans. Un garçon, un chat et des bottines (pas nécessairement dans cet ordre, d'ailleurs), et je crois que tout serait tout à fait parfait.
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Crépon
Elle le regarde dormir, oui Et depuis presque un an elle parsème son sillage de fleurs en papier. De sa tendresse puissante et maternelle elle a fait les pensées fraîches aux visages de velours. De leurs éclats de rire et de leurs regards entendus, des boutons d'or étincelants. Des frissons dans la nuque à ses "tu es jolie", des branches de cerisier, lourdes de fleur en avril. Des nuits sur le toit à parler jusqu'au matin, des brassées de cosmos fragiles. Et de son amour éperdu de jeune fille, les Iris énigmatiques poudrées d'or. Inlassablement, elle a semé des fleurs sur leur chemin, en les serrant contre elle pour les protéger des orages. Et depuis une semaine il s'est endormi à côté d'elle, et elle s'éveille à l'aube pour saisir les premiers instants de son visage dans la lumière pâle. Elle a couronné son front de violettes sauvages, sucrées et délicates: les baisers dans le cou. Et le ciel de Paris s'est dehors éclaboussé de roses. Et puis d'un coup, ils sont debouts au milieu des marroniers qui roussissent, et elle le regarde lui rendre, une a une, ses fleurs en papier. Il les déchire doucement, presque à regret, en millions de petites particules dans l'air. Des confettis. Lui, calme et pâle, poli. Et elle poings serrés, trahie, furieuse, malheureuse, amoureuse. Elle a envie de le frapper de lui hurler qu'il ment de lui cracher au visage de l'embrasser aussi. Mais elle se contente de tourner les talons. Silencieuse. Sous la pluie de fleurs en papier. La vie recommence dix minutes plus tard, avec Raph', 1m75 de coudes, genoux et taches de rousseurs qui beugle "CONNNAAAAAAARRRDD!! mais il m'éneeeeerve...POURQUOI il a fait çaaaa?" au milieu du self, avec de grands moulinets de bras, moi qui m'étouffe de rire dans mes sanglots, Math' qui tapote le dos, So' qui prend son air grave et fatigué des choses de la vie quand elles ne vont pas bien, Matthieu qui débarque toujours aussi roux et demande ce qui se passe d'un air vaguement absent. Le lendemain jeme suis mouchée, j'ai mis ce long pull neuf qui enveloppe de chaleur angora et sent déjà l'hiver, ri aux blagues des filles et raté ma version de latin. "C'est la vie". Le ciel est juste un peu plus gris.
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I'm dating Mr. Big
C'est simple, je n'ai pas le temps. Il y a ces deux dissert' qui me lorgnent et tout Hemingway à lire pour la semaine prochaine. Il y a cette pile de paperasse qui s'empile tellement sur le bureau que je recommence à travailler dans mon lit. Il y a Aurélien, sept ans, qui veut être mon amoureux et n'a pas très envie de se laver les dents. Il y a ces cours que je ne prends plus, à rattraper des nuits blanches ou à étouffer des fous rires quand So' m'envoie sur une page d'agenda pliée en quatre "c'est dégueulasse, t'as vraiment de gros lolos" Il y a ce garçon dans mon lit, et je le regarde dormir en retenant mon souffle, tant cet équilibre inattendu est fragile. Chut. Je n'en parle pas. Ca porterait malheur. -Je l'aime et Paris a ralenti un peu son tempo gris et frénétique. Ca ne me donne pas la béatitude illuminée des premiers temps, ni ne me fait pleurer. Juste le long soulagement de pouvoir s'endormir prudemment contre une épaule, de sentir des lèvres sur sa nuque, après presque un an à l'espérer.- Il y a tout ce que je claque en fleurs, en théâtres, en restaurants et en vieux livres. Il y a ces futurs cours de rock du mardi soir Il y a ce concours en avril , aussi. Et puis surtout il y a cet automne qui pointe son nez, la lumière cuivre qui perce même sous le dôme gris d'ici, l'air du matin qui se glisse un peu partout, insolemment, les imperméables qui se défroissent dans une odeur de feuilles mortes et les sillages des passantes qui recommencent à s'alourdir de parfums. J'ai toute cette fin septembre éphémère et fragile à cueillir. Alors, non, vraiment, je n'ai pas le temps.
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And The Times They Are A-Changin'
Et voilà, c'est p'tet pas encore la rentrée, je n'ai p'tet pas encore débarqué à Montparnasse avec 80 kilos de bagages et une mélancolie tenace, mais ça fait bien un mois qu'il est septembre, avec pluie, vent , le ciel qui a cet air oblique de marron luisant et de papier neuf, et je viens d'manger du raisin, du noir et poisseux, qui sent l'automne. Et ici, j'ai mis les Stones juste pour écouter ma mère fredonner sans faire attention, nage dans les lectures de vacances de dernière minute, celles que la prof d'histoire a accolées d'un "IMPERATIF", auxquelles j'ai insolemment préférées Cosmo tout l'été, et je me coupe les cheveux toute seule. Les trois derniers mois, ce serait trop, à raconter d'un coup, ça ferait un peu dissert' collégienne. Ne viennent que des souvenirs en patchwork, un rock endiablé sur un air de salsa, une nuit clandestine dans un monastère, des plages anglaises à perte de vue, de la biafine, des fous rires, à peu près huit gros chagrins, des trains à n'en plus finir, des forfaits de téléphone qu'on grille paisiblement sur une fenêtre, le soir, Londres la nuit, des bains moussants à écouter Verdi, des petites filles portées sur les hanches, des cafés déserts, et des tas d'embrassades qui fissurent le coeur de partout. Et j'ai, peut-être, une pointe d'impatience, à l'idée de cette année de khâgne, avec des envies de Normale Sup', de changer de garçon, et de prendre des cours de dessin-en m'empêchant de penser que très, très probablement ça va se finir par les mêmes soirées tarot-engueulades, les mêmes dissert' à quatre mains, les mêmes douze millions de projets sur la comète, les mêmes sanglots désespérés sur le toit, les mêmes dimanches vautrée devant Sex& the City. J'ai pas mal fait de souhaits envolés, cet été, pas mal pris de résolutions plus ou moins fantasques, j'ai fait éclore pas mal d'attentes pour cette année. Enfin. J'espère J'espère Et on verra bien.
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J’ai dix huit ans et six mois. Je vis à Paris depuis un an j’ai déménagé d’une grande maison de « province » avec un jardin et des chiens pour un cinquième étage rouge et gris tout p’tit, Hypokhâgne de prestige oblige Aujourd’hui on a tout rangé avec Zoé-ma-coloc J’ai besoin d’aller chez le coiffeur J’aime un garçon qui en aime une autre, même si on s’est * embrassés * même si il m’aime aussi mais pas de la même façon. Dans une semaine c’est les vacances et il va me manquer Et il ne sera pas le seul ; j’ai jamais aimé les fins d’année J’écoute en boucle la chanson de David Bowie « Ground control to major Tom », en chantant les bras en croix ; je me sens terriblement adolescente J’ai vu cette semaine Thirteen, Marie-Antoinette, Lost in Translation et X-men 3. Et j’ai tout bien aimé. Même si X-men c’est nul, juste pour le débardeur d’Hugh Jackman. Je lis la Force de l’Age et Simone de Beauvoir, elle me plaît Je déteste quand on agite la main devant mes yeux quand je pense à autre chose, Ce à quoi je passe pas mal de temps. J’aimerais savoir très bien chanter. Je me sens mieux quand y’a des arbres L’endroit que je préfère au monde c’est cette maison dans une vallée, toute seule entre les bois et les champs où je m’enfuis en vacances J’ai embrassé quatre garçons cette année. Etre raisonnable m’emmerde, alors j’attache beaucoup, beaucoup d’importance à mes histoires de coeur. J’ai encore pleuré aujourd’hui, ça en devient ridicule Je parle mal et jure beaucoup au grand désespoir de ma mère. J’ai une petite sœur de 16 ans qui est restée à Bordeaux. Ma meilleure amie y habite aussi, on ne se parle plus trop et ça me manque. Plus tard je veux être Colette ou interprète serbo-croate dans les balkans. Quand j’étais petite je voulais être une sorcière. J’ai le chic avec les petites filles et les vendeurs gras du Monoprix qui m’ont encore dit hier que j’étais ravissante Je ne sais pas si je suis fière de ce que je suis J’aimerais être moins maladroite Je me mets pas mal en scène surtout quand les choses me contrarient, même si je joue de moins en moins à l’héroïne romantique en communion avec les éléments dès qu’il se met à pleuvoir Je mesure 1m63 et je n’aime pas trop mes cuisses Samedi matin je pars au bord de la mer avec Mathilde alors ce blog va subir une pause vacances à durée indéterminée.
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-on fera remarquer à nos chers lecteurs que les fautes d'orthographe, ben, c'est fait exprès- " Ce qui t'a plut en moi, c'est toi qui l'y a mis ; mais venu de toi ou non, ça s'y est bien enraciné! Au bout de quatre mois, est-ce que tu n'étais pas ému de me voir grandir? Le dommage, c'est que, de te voir paraître en personne, ça m'a fait rentrez tous mes bourgeons...N'empêche qu'une femme qui a une obstination en amour, ça pousse vite. Ca fleurit, ça sait prendre une tournure, une couleur, à faire illusion aux plus délicats. Mon amour, je vais essayer de devenir ton illusion." Mitsou-Colette
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